Pourquoi les forums seront toujours l'avenir de l'open source

Les forums seront-ils toujours l'avenir du monde de l'open-source ?

Je ne sais pas vous, mais j'ai commencé l'informatique à une époque où les seuls moyens d'apprendre ou partager des informations sur le sujet étaient dans des Clubs informatiques Microtel ou dans des livres, magazines disponibles dans quelques boutiques, si vous aviez la chance de vivre dans une ville de bonne taille.

Lorsque j'ai découvert l'informatique, avec un ZX-81, j'ai découvert depuis que, Philippe Ulrich apprenait à coder ses premiers jeux vidéo dessus ce qui l'a amené à nous pondre parmi les plus beaux jeux de la fin des années 80 avec L'arche du L'arche du Captain Blood ou encore Lost Eden (une bande son de dingue pour l'époque). Ce monde inconnu était délirant avec des inventions tous les mois et des évolutions technologiques inimaginables maintenant où, même si les règles de l'informatique sont toujours respectées, ne représentent plus réellement de révolution, juste des évolutions.

Tout cela fut possible parce que des solitaires géniaux se rassemblèrent pour créer des structures économiques ou des clubs d'échanges, car, non, les informaticiens ne sont pas des gens solitaires enfermés dans une chambre à boire du Soda et manger de Pizzas.

Cette culture, avec l'avènement de l'Internet au milieu des années 90, a produit très rapidement des outils pour communiquer, la messagerie, la messagerie instantanée, les Chat et surtout les forums.

Car, oui, tous les informaticiens adorent discuter avec les autres car plusieurs cerveaux valent toujours mieux d'un seul pour répondre et solutionner des problèmes.

Car, oui, le métier d'informaticien n'est basé que sur le fait de solutionner des problématiques plus ou moins complexes, cela peut sembler rébarbatif mais en fin de compte, chaque demande et un nouveau problème à résoudre, ce qui rend cela palpitant et extasiant lorsque alors arrive à la solution.

Donc, pour exposer ses problèmes, l'informaticien s'est très vite tourné vers des forums techniques spécialisés sur les sujets dont il  avait besoin, comme, une des références de ce type de forum est un endroit où des spécialistes venaient en aide aux débutants, faisant d'eux des spécialistes à termes, pour eux-mêmes répondre aux débutants suivants.

C'était des communautés assez réduites où des règles connues de tous s'appliquer sur l'attitude à adopter, notamment la Nétiquette. Ainsi, ces forums techniques étaient intransigeants sur la politesse et la qualité du français utilisé pour poster ses demandes ou y répondre. Il, n'était pas rare de voir des gens se faire exclure juste parce qu'ils avaient posté en langage texto, très à la mode à l'époque. Une des référence dans le monde du développement est bien entendu le site Developpez.com.

Cette intransigeance de la communauté des modérateurs, faisant qu'ils étaient respectés et surtout que la qualité de ces forums était indiscutable.

Avec l'arrivée des moteurs de recherche, l'accès à une réponse pour son problème devenait de plus en plus simple et le savoir se diffusait encore plus rapidement, ainsi un jeune arrivant au milieu des années 2000, pouvait se former tout seul chez lui sans problème.

A ce moment-là, nous sommes encore à la préhistoire de l'informatique et surtout d'Internet, car ce n'est toujours pas un outil de masse.

Il faudra réellement attendre l'avènement du smartphone et de son écosystème avec le lancement de l'iPhone en 2007 pour que les notions de messageries, HTML, site, url ... commencent à se répandre dans la population de non initiés.

Et là c'est le drame !

Comme toute explosion rapide d'une technologie, elle s'accompagne souvent de personnes peu scrupuleuses et d'une population qui ne possède pas "les codes".

Les forums se transforment alors en boucherie d'égos et l'arrivée des réseaux sociaux a exacerber un mode de communication de plus en plus violent.

Dès lors, les modérateurs ne sont plus maitres en leur royaume mais se transforment en soufre douleur et jettent l'éponge de plus en plus rapidement.

Beaucoup de propriétaires de forum qui le gérait encore seul mirent fin à leur aventure car tout cela n'était, dans la grande majorité des cas, qu'un engagement bénévole.

J'ai pu constater cette dégringolade en participant au forum officiel de PrestaShop depuis Janvier 2008 et la nature de son auditoire est encore plus représentative de l'évolution d'Internet sur ces années.

Le désamour des forums fut à son paroxysme au milieu des années 2010. C'est à cette période, que le vieux concept des serveurs IRC s'est transformé avec l'arrivée de solutions plus "belles" comme Slack. Ainsi, le concept de communauté s'est développé sur des groupes privés de réseaux sociaux ou dans des groupes fermés sur des solutions propriétaires.

Si le côté club semble attrayant au premier contact, on peut se demander du bien fonder qu'on les professionnels à mettre en avant ce genre de méthode de communication fermée dans le monde de l'open source.

Est-ce justement pour éviter que les soucis de leurs solutions ne soient sur la place publique ?

On peut réellement se poser la question.

Dans les milieux de la Tech, je suis toujours étonné que l'on me parle de serveurs Discords, de canaux Slack, ou même de groupes Facebook pour discuter et partager avec une communauté.

La première critique que je ferais concernant toutes ces solutions c'est qu'elles ne sont pas accessibles à tous, non pas que le fait de s'inscrire soit compliqué ou limité, même si c'est le cas, mais bien que si vous débutez dans un secteur et que vous faites comme tout le monde, à savoir, faire vos premières recherches sur Google pour répondre à vos questions, vous ne verrez jamais apparaitre une des discussions enflammées présente dans ces solutions, donc, acteurs de l'open source, vous faites le choix de fermer l'accès au savoir aux seuls initiés, donc, à terme, faire de l'entre soi.

Ceci explique pourquoi je milite pour des solutions ouvertes comme les forums. Un lieu qui a une mémoire, et donc un stock de réponses qui ne fait que s'agrandir avec le temps et donc permettre à de nouveaux utilisateurs d'apprendre plus rapidement.

Bien entendu, tout n'est pas parfait sur un forum et cela demande de l'investissement pour qu'il reste de qualité et ne dérive pas tout de suite en pugilat général au moindre texte compris de travers.

Il me semble capital pour de grosses solutions open source de nourrir leurs forums de contenus de qualité et surtout d'investir dans des modérateurs ayant un réel pouvoir et qui ne reste pas de simples bénévoles de la communauté, corvéable à merci, qui doivent supporter la haine quotidienne de certains membres sans aucune reconnaissance de la structure hiérarchique de ces entreprises.

Lors de la rédaction de cet article, je me suis replongé dans mon article abordant mon année de modération du forum PrestaShop et je fus désagréablement surpris de constater que strictement rien n'a bougé du côté de PrestaShop concernant ce forum et de son intégration à son écosystème, il semblerait plus que cela ne reste un boulet qu'ils trainent piteusement sans savoir comment s'en défaire.

Conclusion

Est-ce que mon monde informatique, de partage et d'entraide, que j'ai connu durant le début de ma carrière et m'ayant aidé à devenir le professionnel que je suis à ce jour est définitivement à classer dans les livres d'Histoire à la catégorie utopie du XXème siècle ?

Il me semble que tous ceux qui critiquent la qualité des forums sont souvent les mêmes qui t'expliquent que si tu veux que le projet open source sur lequel tu interviens puisse évoluer au niveau de la qualité si tu t'investis dessus. Je leur ferais donc la même remarque, s'ils veulent que le forum soit d'un meilleur niveau ils n'ont qu'à s'investir dessus en participant à l'éducation des participants si leur niveau technique n'est pas suffisant ou en proposant des solutions techniques s'ils le souhaitent.

Ce n'est pas en critiquant sans jamais intervenir que les choses vont changer et ce ne sont pas les groupes privés non disponibles sur les moteurs de recherche qui permettront de développer une communauté active.